Faire appel à l’écoute pour mieux vivre le deuil

L’Association des centres d’écoute téléphonique du Québec (ACETDQ) est allée à la rencontre d’Alain Goulet, ancien directeur général du centre d’écoute, de deuil et de prévention suicide de Beauce-Etchemins, afin de parler d’écoute et de deuil. Dans un premier temps, nous définissons ce qu’est un deuil. Ensuite, nous évoquons quatre mouvements qui accompagnent toute forme de séparation. Enfin, nous concluons sur le rôle bienfaisant de l’écoute active face à toute personne vivant un deuil.

Mieux vivre le deuil

Selon Alain Goulet, le deuil peut se définir comme l’étape qui suit une séparation, que celle-ci soit en lien avec une personne, un animal de compagnie, un objet ou une situation. À l’occasion de cette rupture, tout notre être est touché et peut ressentir de la douleur.

Les quatre mouvements du deuil

Quand le deuil nous habite ou qu’on le rencontre, différents facteurs vont influencer notre sensibilité et notre capacité à y faire face.

Premièrement, il est suggéré de prendre en considération le décor qui entoure le deuil. Dans quel état de santé physique et mentale se trouve la personne qui vit le deuil? Vivre en deuil, cela prend de l’énergie. Si la personne est dans un état de fatigue ou de stress lorsque la séparation survient, cela viendra inévitablement influencer sa perception des événements.

Deuxièmement, il est bon de considérer le degré de relation avec le ou la défunt(e). Si ce dernier ou cette dernière occupait une grande place dans la vie de la personne endeuillée et s’ils avaient l’habitude de se voir régulièrement la séparation n’en sera que plus éprouvante. De la même façon, le niveau d’interdépendance et la présence (ou l’absence) d’autres relations significatives viendront influencer l’intensité ressentie lors de la séparation.

En troisième lieu, Alain nous partage que chaque deuil vient raviver ceux du passé. De la sorte, ce sont tous nos deuils précédents, qu’ils soient résolus ou non qui refont surface lorsque survient une perte. Ce phénomène aide à comprendre pourquoi certains deuils, anodins en apparence, peuvent littéralement submerger des personnes. Elles se retrouvent soudainement confrontées au deuil présent, mais aussi à l’ensemble de ceux enfouis, consciemment ou non, en elles.

Enfin, le quatrième mouvement fait référence au fait que chaque deuil nous renvoie à notre propre réalité, que ce soit notre mortalité ou la finitude de toute situation. Chaque deuil nous confronte aussi au sens de la vie et de la mort.

À cet égard, Alain nous rappelle la célèbre citation du Dalaï Lama : « Ce qui me surprend de l’humanité? Les Hommes vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu. »

En quoi l’écoute peut-elle aider à faire son deuil?

Quand on a conscience de tous les mouvements (intérieurs et extérieurs) induits par un deuil, on peut plus aisément adapter sa posture. Quand on écoute une personne endeuillée, c’est non seulement sa perte du moment, mais aussi tous les deuils de son histoire personnelle que l’on peut potentiellement entendre et accueillir sans juger.

Lorsqu’on souhaite apporter son soutien à une personne vivant un deuil, Alain suggère une formule aussi simple qu’efficace, apprise auprès de Mme Nathalie Viens lors d’une conférence de la Fondation Monbourquette : « Écoute, écoute, écoute. » En effet, l’écoute sans jugement permet de ventiler. De plus, la normalisation du vécu de la personne aide à reconnaître que derrière chaque deuil se cachent énormément d’autres souvenirs ou d’autres enjeux.

L’écoute active et le deuil

Être activement à l’écoute d’une personne implique de tourner tous ses sens vers elle. Cela demande de lui laisser toute la place, d’être attentif à ce qu’elle dit et de suivre son discours. Cela nécessite aussi de taire ses propres conseils et ses jugements.

Offrir son écoute active à une personne endeuillée, c’est lui faire le cadeau de sa présence et de son temps. Dans un monde occidental où les rituels sont de plus en plus raccourcis, voire complètement effacés, on peut imagine combien recevoir une écoute attentive pour quelques instants peut apporter le plus grand des réconforts.

(Oser) prendre le temps d’écouter et de vivre ses deuils

En terminant cette entrevue, Alain attire notre attention sur notre relation au temps lors d’un processus de deuil. Quand on interroge spontanément les gens sur la durée normale d’un deuil, ils évoquent quelques semaines, voire maximum deux ou trois mois. En tant qu’Occidentaux, nous pouvons avoir tendance à être pressés… notamment pressés de passer à autre chose lorsque la situation est inconfortable ou douloureuse.

Dans les faits, il est observé que la période la plus creuse pour une personne endeuillée survient cinq à six mois après la perte. De plus, il faut généralement entre un et deux ans pour faire le tour de l’expérience. Quand il s’agit de morts tragiques, le processus peut s’étendre de deux à cinq ans. Tandis que lorsqu’il s’agit d’homicides, le deuil peut être vécu pendant six ans.

Faire appel aux ressources disponibles pour mieux vivre ses deuils

Sachant que la vie est une série de cycles comprenant de multiples débuts et fins, il est profitable de connaître les personnes de son entourage capables d’offrir une écoute empathique. En complément, les centres d’écoute téléphonique du Québec offrent des services gratuits et confidentiels permettant de se confier en toute confiance et en toute tranquillité.

À PROPOS DE L’ASSOCIATION DES CENTRES D’ÉCOUTE TÉLÉPHONIQUE DU QUÉBEC

L’ACETDQ a pour mission de regrouper, de soutenir et de représenter les organismes communautaires qui offrent un service d’écoute active téléphonique, confidentiel et gratuit au Québec tout en promouvant, au sein de la société, les rôles et les bienfaits de l’écoute active pour la santé. Elle reconnait l’écoute active et les centres d’écoute téléphonique comme des incontournables de la santé, de l’inclusion sociale et de la solidarité. Lignedecoute.ca

Les coordonnées des centres d’écoute, dont celui de Beauce-Etchemins, sont disponibles sur : www.lignedecoute.ca/centres-decoute-telephonique-par-region/

Source : Article rédigé par Marie-Julie CHAPUT sur base de l’entrevue réalisée avec Alain Goulet pour l’Association des centres d’écoute téléphonique du Québec.