Quand l’écoute devient répétitive

Il arrive que des gens de notre entourage ressassent les mêmes faits, les mêmes problèmes d’une conversation à l’autre… au point de mettre notre patience à l’épreuve. Quel équilibre viser entre écoute et respect de ses limites ?

Qui n’a jamais eu à interagir dans sa vie avec quelqu’un qui se répète ? Un voisin qui se plaint continuellement du déneigement. Une amie qui semble faire du surplace dans son processus de deuil. Un beau-frère qui n’a pour seul sujet de conversation que ses chats…

Ces interactions peuvent provoquer toutes sortes de réactions en nous : de l’irritation, une sensation d’être « pris pour écouter ». Ou encore un sentiment d’impuissance, notamment lorsque le discours est chargé de détresse ou que c’est un être cher qui le communique.

Aussi normales soient-elles, ces réactions peuvent se mettre en travers de notre intention bienveillante. Comment se positionner au mieux, entre respect de soi et disponibilité à l’autre ? Voici quelques questions à se poser qui peuvent nous guider dans ces cas-là.

  • Jusqu’où suis-je prêt à m’engager dans la relation ?

Généralement, notre désir d’engagement varie selon qu’on a affaire à une connaissance ou à un proche… et c’est très bien comme cela ! En dépit de nos bonnes intentions, nous ne disposons pas de réserves infinies d’écoute, d’énergie et de temps, et il est sain de préserver le meilleur de soi pour nos relations les plus significatives.

Avec les gens qui sont moins proches de nous, on pourra choisir d’éviter les mots ou les gestes susceptibles de communiquer une disponibilité plus grande que celle qu’on est réellement prêt à offrir. Tout en demeurant courtois et respectueux, bien sûr ! La question fermée « Tu vas bien ? » est aussi polie que la question ouverte « Comment ça va ? », mais elle circonscrit davantage l’échange.

  • Quel est le meilleur moment ?

Une autre prise que nous avons sur notre réserve d’empathie concerne le moment de l’écoute. Si c’est vous qui prenez l’initiative d’appeler votre proche dans un moment où vous vous sentez accueillant et disponible, vous avez toutes les chances de pouvoir vous centrer sur lui. C’est également une façon de manifester l’importance que vous accordez à cette relation.

Si c’est l’autre qui prend l’initiative de vous appeler, il est possible que cela tombe à un moment où il est difficile de puiser en vous l’attention et la patience nécessaires. Pour honorer à la fois ses limites et la valeur qu’on accorde à la relation, on peut dire quelque chose comme ceci : « J’aimerais t’offrir une écoute de qualité, car je sais que ce sujet est important pour toi, et toi, tu es important pour moi. Malheureusement, ce n’est pas le meilleur moment pour moi. Est-ce que je peux te rappeler demain ? »

  • Qu’est-ce que j’écoute : les faits ou la personne ?

En général, les discours répétitifs, même les plus factuels, cachent une matière sensible qui n’est pas encore remontée à la surface. Ce peut être une inquiétude, une anxiété. Une valeur fondamentale mise au défi par les événements de la vie. Une facette de l’identité de la personne qui s’affirme. Ainsi, une personne qui a tendance à se répéter ne le fait pas pour contrarier son interlocuteur, ni pour obtenir des conseils. Elle se répète pour être entendue, accueillie et comprise dans sa dimension sensible, par-delà les faits évoqués.

En demeurant attentif à la personne, on peut sentir le meilleur moment pour communiquer, par un reflet, l’émotion que vous entendez. Et si la personne ne semble pas prête à plonger dans la sphère des émotions, celle des valeurs est tout aussi pertinente : « Je comprends que c’est important pour toi, d’offrir une belle qualité de vie à tes chats ! »

  • Quelles sont mes attentes par rapport à l’écoute que j’offre ?

« J’écoute souvent et de mon mieux. Cela devrait amener la personne à progresser, à changer de discours, non ? » Chaque personne progresse à sa manière. En épousant ce rythme avec patience, vous incarnez une figure de témoin bienveillant, d’accompagnant, qui signifie déjà beaucoup.

« Un ami ou un parent ne devrait pas rester continuellement dans la position de celui qui demande. À un moment donné, on s’attend à de la réciprocité… » Au cours d’une amitié durable ou d’une relation familiale, il est possible que certains chapitres soient caractérisés par des échanges inégaux, « à sens unique ». Soutenir son engagement dans ces périodes n’est pas toujours de tout repos… et cela nous ramène à la toute première question de cette série.

En raison même des défis qu’elle soulève, l’écoute des gens qui se répètent représente une opportunité d’introspection, d’identification de ses valeurs et de ses limites, tout en étant un moyen concret d’approfondir ses amitiés, ses relations familiales. Bref, écouter avec bienveillance et respect de soi, c’est, potentiellement, devenir une meilleure version de soi-même.

Des ressources utiles

Si le besoin d’écoute de vos proches dépasse les limites de ce que vous pouvez ou souhaitez offrir, n’hésitez pas à les orienter vers d’autres ressources. Une vingtaine de centres d’écoute existent à travers le Québec. En y faisant appel, vous serez en contact avec des écoutants qui sauront prendre un moment pour simplement ÊTRE avec vous, pour accueillir vos émotions et vos états d’âme. Ces écoutants ne sont pas des professionnels de la santé ni des membres d’un ordre professionnel. Ce sont des hommes et des femmes qui se sont portés volontaires, qui ont été sélectionnés, formés et supervisés pour vous écouter adéquatement. Ces personnes ont des techniques de base en écoute active, mais surtout elles démontrent un savoir-être pour entendre vos confidences ou vos réalités plus sombres, voire innommables.

Consultez le répertoire de l’Association des centres d’écoute téléphonique du Québec (ACETDQ) pour identifier le centre d’écoute de votre région.

Vous souhaitez aider d’autres personnes en devenant écoutant bénévole? Découvrez-vous les opportunités de bénévolat dans le centre d’écoute de votre région.

Source : texte rédigé par l’Association des centres d’écoute téléphonique du Québec, en collaboration avec Carole Nault.